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Agréger les compétences et générer des usages

 

 

Les entretiens Choiseul-Medicen « Soutenir les TPE/PME au service d’une industrie de santé puissante en Ile-de-France et dans la compétition mondiale » se sont déroulés le 24 octobre dernier dans l’hémicycle du Conseil Régional d’Ile-de-France.

Alors que la Phase 4 des pôles santé est en cours d’élaboration, le pôle santé de la région Ile-de-France peut se prévaloir d’un bilan positif. La progression du nombre d’entreprises adhérentes est constante, de 10 à 15  par mois, et Medicen totalise de plus de 400 entreprises adhérentes fin 2018. Pascal Lorot, président de l’Institut Choiseul, a introduit cet évènement organisé par le pôle de compétitivité et Alexandra Dublanche, Vice-présidente de la Région IdF en charge du développement économique, a renouvelé son soutien à Medicen Paris Region.

Grand témoin, Hervé Lorenzi, président du pôle Finance Innovation, Président du Cercle des économistes, a rappelé en préambule que la France était 27ème sur 28 en matière d’investissements dans l’industrie par rapport au PIB. Ce point posé, il a fait part d’une évolution à la hausse de la part du capital risque consacré aux entreprises de biotechnologies : « Il y a des flux en private  equity qui n’existaient pas il y a 8 ans ». Pour preuve : « Le fonds Innobio 1 avait été doté de 20 M quand je travaillais encore chez Edmond de Rothschild, les fonds suivants ont été  dotés de sommes plus importantes ». Selon Philippe Tcheng, président du Leem, le fonds Innobio 1 a financé 18 sociétés dont une dizaine cotées en bourse, Innobio 2  est porté à 250 M€.

La seconde table-ronde était consacrée au rôle déterminant des grandes entreprises de la filière santé dans la structuration d’un écosystème performant et porteur de richesses. Emmanuel Canet, président de la R&D chez Servier a insisté sur la relation de confiance entre grands groupes et TPE, PME et ETI. Le groupe a d’ailleurs fait le choix de mener la drug discovery en Ile-de-France avec la volonté de créer un incubateur et d’accompagner les start-ups. Un système d’open innovation qui repose sur la confiance. Dans ce but a été mise en place une Alliance management-métiers pour assurer la qualité de la relation entre les chercheurs des équipes en interne et ceux des équipes partenaires.

« Il est fondamental d’agréger les données et c’est ce que va permettre de faire le Health Data Hub » déclare Carlos Jaime, Président d’InterSystems, un groupe américain qui, du fait de son ancienneté (40 ans), s’appuie sur une base de données très conséquente de dossiers de patients informatisés dans le domaine de la santé et bénéficie d’une longueur avance dans la gestion de données de santé. Une expertise qui permet au Président de la DAS Santé et Numérique de Medicen de contribuer à la mise en œuvre d’une base de données destinée à la cartographie d’acteurs, un projet émergent du pôle. «  Dans le développement des usages, si on rate une pépite, on aura pris du retard qu’il ne sera plus possible de rattraper» explique-t-il.  « Au sein de Medicen, c’est aussi notre mission de donner cette légitimité aux start-up et de les accompagner ».

« Medicen sert à renforcer la confiance entre les acteurs. C’est un véritable système de captage de tout ce qui se passe», renchérit Yves l’Epine, directeur de Guerbet Group confirmant le rôle que jouent les TPE et ETI dans son environnement.  Le Groupe dont l’activité est centrée sur le segment des produits de visualisation pour l’imagerie médicale destinés à mieux guider le geste du praticien, anticipe la médecine du futur avec une culture d’open innovation. Le groupe qui se caractérise par une démarche forte de R&D, vient d’ailleurs de signer un accord avec IBM Health dans le domaine de l’IA. Soulignant la vitalité du tissu entrepreneurial français, le deuxième après celui des Etats-Unis, il constate cependant qu’il n’y a pas énormément de licornes. Quel est le frein ? «  Les biotechs créées en grande majorité par des chercheurs trouvent des financements à l’amorçage auprès de VC mais les financements se raréfient aux 2èmes et 3èmes tours de table quand il faut lever des montants de l’ordre de 50 M€ à l’abord de la Phase 3. Les fonds n’accompagnent pas sur le long terme, ce n’est pas dans leur culture. Alors que c’est l’argent de BPIfrance ou du CIR qui les soutient, ce sont les Etats-Unis qui accaparent ces entreprises » constate-t-il.

Un Joint Clinical Assessment à la française

Aux Etats-Unis, le track revue permet d’accélérer la commercialisation des produits et la certification se fait simultanément avec la fixation du prix du remboursement des médicaments. Ce qui permet de gagner du temps. « En France, les délais administratifs sont trop longs. Il faut absolument raccourcir les délais d’obtention d’AMM (180 jours), et la fixation du prix du remboursement du médicament (530 jours aujourd’hui). L’EMA fait son travail, il faut éviter que la HAS le refasse » ajoute-t-il, préconisant un Joint Clinical Assessment pour les AMM.

Karine Lignel, directrice exécutive de CM-CIC Innovation, connaît bien le système de financement en capital risque des biotech pour avoir accompagné DBV dès 2002 et Nanobiotix dès 2003. Selon elle, il faut un accompagnement financier sur le long terme pour ces entreprises du médicament où le délai de mise sur le marché est de 10 ans à 15 ans. Pour les Medtechs, les délais sont raccourcis.  Elle constate une forte attente des start-ups françaises envers les grands groupes. « Il faut que ceux-ci accompagnent les PME vers la croissance, ce qui suppose de faire preuve de réactivité à leur égard faute de quoi celles-ci vont se tourner hors de France »prévient-elle.

« Nous montons des projets collaboratifs qui permettent de développer des compétences  à l’international. D’emblée, nous sommes projetés vers l’international » déclare Sophie Pouchaut, directrice du pôle Biowin, en Wallonie. L’objectif de cet unique pôle santé belge est de développer l’innovation pour avoir un impact sur la création d’emploi. L’originalité du système est l’existence d’un Club de 20 industriels qui conseille le gouvernement. La plupart des 6 pôles wallons siègent  à ce conseil. « Il y a un véritable alignement des politiques régionales au niveau national. Ce Club « 20 parties » fait remonter les recommandations des acteurs en direction du gouvernement. Grâce à ce groupe, nous avons une situation remarquable en ce qui concerne les essais cliniques de Phase 1 et 2 grâce aux remontées des pharmas ».

On ne peut que s’affliger de la perte de leadership de la France en matière d’essais cliniques. « La complexité administrative dans notre pays provoque un glissement épouvantable des délais qui profite à trois pays : la Belgique, l’Allemagne et les Pays de l’Est » signale Philippe Tcheng. Mandaté pour négocier avec les pouvoirs publics au sein du CSIS les mesures d’attractivité-compétitivité des entreprises au sein du territoire,  le président du Leem alerte par ailleurs sur  « des mesures d’économie sur le prix des médicaments qui fragilisent le tissu industriel ». Enfin, il souligne l’action du Club santé du LEEM qui accompagne les entreprises à l’export,  grands groupes et PME, récemment au Vietnam et en Corée du sud, sous la bannière French Healthcare pour proposer une offre intégrée (DM, Pharma). L’occasion pour les PME de faire du réseautage avec des tuteurs industriels.  Il annonce la création d’une académie de l’innovation en santé avec un droit d’accès équitable pour PME et grands groupes. Il signale encore l’existence depuis 2010 du Pacte PME présidé par Philippe Luscan (Sanofi) à destination des TPE santé.

 « Nous n’existerons que si nous réussissons à agréger des compétences autour des grands groupes, comme c’est le cas dans le projet Hu-Precimed sur la médecine de précision », affirme Karine Lignel, présidente de la commission développement des PME. « Nous devons devenir performants pour créer des appels d’offre performants.  Cette démarche concertée permettra à tous les acteurs de partager la valeur recueillie par ce projet et de défendre le programme auprès des institutions ».  Il s’agit d’un laboratoire d’expérience autour des maladies immuno-inflammatoires qui donne une vision internationale avec un ancrage local quelle que soit la taille des entreprises partenaires.

« Beaucoup de choses ont bougé et vont encore bouger » conclut Christian Lajoux, président de Medicen en insistant sur la nécessité du maillage entre les différents acteurs.