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Hépatite C : vers une victoire totale

L’hépatite C pourrait être éradiquée d’ici 7 ans en France. Tel est l’objectif visé par le Professeur Patrick Marcellin qui organise depuis 2004 le Paris Hepatitis Conference. En 2014, 7 antiviraux à action directe(AAD) ont été mis sur le marché qui ont permis d’éradiquer le VHC.

L’année 2015 a été caractérisée par la fin du traitement par Interferon. En 2016, de nouveaux médicaments pangénotypiques sont attendus. Malgré ces progrès fulgurants, pour les 1.300 congressistes venus de 70 pays un problème subsiste : ces traitements innovants ne peuvent être attribués à tous les malades.

A l’Hôpital Beaujon où le Pr Marcellin a soigné 100 patients en deux ans, le listing des patients au stade F3 et F4  (pré-cirrhotique et cirrhotique) est épuisé. En effet, le VHC est éradiqué de 90 à 95 % en 8 à 12 semaines avec les nouveaux traitements. « Mais on ne prend pas en compte la souffrance des patients porteurs du VHC au stade précoce F0, F1 et F2 (fibrose à fibrose avancée) qui se manifeste par des syndromes dépressifs ou de la fatigue . Et il faudrait un dépistage large et universel car c’est une maladie silencieuse » insiste le Pr Marcellin. « La dernière maladie éradiquée a été la tuberculose dans les années 1950 grâce à la streptomicine »rappelle-t-il.
« C’est une victoire scientifique, il faut la transformer en victoire sociale » s’exclame Pascal Mélin, président de la fédération SOS Hépatites constatant que les RCP (Réunions de Concertations Pluridisciplinaires) représentent un goulot d’étranglement et provoquent une restriction organisée des soins.« Il faut attendre 3 à 6 mois avant d’être traité pour une forme sévère ». Les services hospitaliers spécialisés ont signalé à plusieurs reprises
le nombre insuffisant de professionnels de santé dédiés à cette prise en charge,
en allongeant les délais.
« Une étude française mesure les coûts de patients selon le stade de fibrose : il est de
70.000 € au stade cirrhotique à 30.000 € pour un stade léger » observe Michel Joly,
Président de Gilead France, le laboratoire pharmaceutique qui a mis sur le marché
en 2015 le sofosbuvir dont la combinaison avec le ledipasvir, le daclatasvir (BMS) ou le
simeprevir (Janssen) a permis d’obtenir des résultats extraordinaires. En Allemagne, le
gouvernement a pris la décision de rembourser les soins pour tous les patients du stade F0
à F4. Idem en Angleterre, sur la base d’un rapport coût efficacité. En Espagne, tous
les patients modérés à sévères (F2,F3,F4) ont accès aux soins : 26.000 patients ont été traités en moins de six mois. La France s’est avérée pionnière dans le traitement de l’hépatite C mais prend du retard. Elle a pourtant le prix du médicament le plus
bas d’Europe. « La prévalence du VHC est d’environ 160.000 patients en 2016.
Si l’on prend en charge 20.000 patients par an, il est possible de guérir les patients atteints du VHC et d’éradiquer cette maladie d’ici 2023 sans impact budgétaire : 700 à 750 millions ont été alloués en 2015 à ces médicaments, dont les prix ont été divisés par trois en deux ans. Et ceci n’inclut pas les dépenses évitées grâce à l’éradication du virus et qui divisent les coûts par deux (comme la transplantation hépatique en cas de cancer du foie). Imaginez que dans dix ans on arrive à guérir le cancer, le sida, le VHC, le VHB ou le diabète. La guérison c’est un modèle tour à fait différent de ce qu’on a l’habitude de voir » conclut Michel Joly.

? THÉRÈSE BOUVERET
RÉDACTRICE EN CHEF DE BIOTECH.INFO 3.0