On sentait un bouillonnement cette année au Salon International de l’Agriculture (SIA) 2018. Le stand de l’INRA (l’Institut National de recherche Agronomique) a  été le point d’étape de quelques ministres : Frédérique Vidal, Stéphane Travert, Nicolas Hulot… L’Inra se transforme. Philippe Mauguin, le PDG de l’INRA, est l’artisan d’un rapprochement entre l’INRA et l’IRSTEA (Institut National de recherches en Sciences et Technologies pour l’Environnement et l’Agriculture), désormais officiel. Pourquoi ? D’abord pour répondre aux enjeux de santé qui se nouent aux interfaces Homme-animal-environnement.

Autour des dynamiques de « One Health » et « Eco Health »,  de nouvelles approches de recherche se sont imposées, en effet, face à l’émergence des maladies zoonotiques, à la diffusion de la résistance des bactéries aux antibiotiques et enfin aux impacts des contaminants alimentaires et environnementaux (pesticides, perturbateurs endocriniens).

Par ailleurs, les Etats Généraux de l’alimentation se sont tenus en 2017 pour inventer un modèle agricole qui satisfasse l’attente de la société française. Les choses bougent. Le numérique renouvelle les pratiques agricoles tandis que d’autres formes d’agriculture respectueuses de l’environnement se multiplient. La ferme digitale a permis à une trentaine de start-up de pitcher. La plateforme participative pour l’agriculture et l’alimentation, Mimosa, permet de recueillir des fonds pour se lancer dans des projets variés, comme la permaculture. C’est dans ce contexte mouvant que la feuille de route de la bioéconomie a été annoncée par le gouvernement, saluée aussitôt par les industriels de l’agro-environnement.

Avec des collections d’agrumes de Corse, de champignons filamenteux poussant sur des substrats boisés, d’œufs de poule aux différentes couleurs, bleus, blancs, jaunes, bruns, la biodiversité était le thème mis en avant sur le stand INRA. De 1946 à aujourd’hui, il y a eu un resserrement des espèces variétales, quand il a fallu tripler les rendements grâce en partie à la recherche et aux intrants. A la diversité de production s’ajoute aujourd’hui la diversité des ressources génétiques (végétales, animales, microorganismes), un des points clés de la transformation du monde agricole. Le concept de RARe (Ressources Agronomiques pour la Recherche) émerge avec les cinq Collections de Ressources Biologiques (CRB) de l’INRA. Elles sont nées dans les années 2000 à partir d’une volonté de l’OCDE de conserver des échantillons d’ADN/ARN avec les données associées.

Ces collections de ressources génétiques permettent de préserver une diversité génétique façonnée par la nature et l’homme depuis des siècles. Les CRB s’engagent sur la durée, reçoivent le label IBISA (Gis Infrastructures pour la biologie et la santé) et sont labélisés AFNOR. Toutes ces ressources génétiques précieuses sont rangées pour être conservées, séquencées, présentées dans un objectif de valorisation et de partage. Ce qu’on ne cultive plus est conservé dans des cryobanques, dans de l’azote liquide, ou encore à l’état vivant, des guêpes par exemple. Le CRB Citrus créé il y a 60 ans (en 1958) en Corse est la 3ème ou 4ème collection en milieu naturel dans le groupe des mandarines, avec 400 accessions de variétés en provenance du monde entier…. Les agrumes sont cultivés en plein champ sur 14 ha, conservés et diffusés. Olivier Pailly et François Luro tiennent beaucoup à cette notion de partage avec les agriculteurs locaux.  « Toutes ces connaissances génétiques servent pour la recherche et l’amélioration des espèces par croisement. Nous sommes une petite station au cœur d’un bassin de production. Il y a un changement de génération d’agriculteurs, ils veulent tester eux-mêmes, sont dans le  partage et veulent être acteurs, participer à la sélection des variétés

Frédérique Vidal, ministre de la recherche, et Philippe Maugin, président de l'INRA, lors du SIA 2018
Frédérique Vidal, ministre de la recherche, et Philippe Maugin, président de l’INRA, lors du SIA 2018