Elles ont fait le tour de la terre, ces photos de Zhong Zhong et Hua Hua, les premiers primates ( des macaques crabiers) à avoir été clonés à partir de cellules non reproductrices par Sun Qiang et le Pr Muming Poo, à l’Académie des sciences chinoises de Shanghai. Leur naissance a été dévoilée le 24 janvier dans la revue scientifique Cell. Comme avec la brebis Dolly en 1996, l’opération est réalisée à partir de cellules déjà différenciées. Les cellules utilisées ne proviennent pas d’un adulte mais de cellules fœtales qui ont grandi dans une boîte de Petri.  Depuis Dolly, les chercheurs ont cloné 23 espèces de mammifères. La dernière étape avant l’homme ? Le Pr Muming Poo semble l’affirmer à l’AFP : “On peut, en principe, cloner des humains. Je pense que personne ne veut cloner des êtres humains, la société ne le permettrait pas” mais “une fois qu’une nouvelle technique apparaît, le risque d’une mauvaise utilisation existe“.

Cette nouvelle survient au moment où ont été lancés le 18 janvier les états généraux de la Bioéthique en France. Autoriser le clonage, la recherche sur l’embryon :  le débat ne date pas d’hier. La révision régulière des lois de bioéthique le fait resurgir depuis les premières lois adoptées en 1994 dont Jean-François Mattei fut l’artisan jusqu’en 2004. Le ministre généticien oppose sa vision de la bioéthique à celle d’Israël Nisand dans les colonnes de La Croix à l’occasion du Forum européen de Bioéthique. Ce quotidien relève déjà des « lignes de fractures » au sein de la société. En 2018, des débats vont être organisés dans toute la France par les espaces éthiques régionaux pour préparer l’adoption en 2019 des lois de bioéthique révisées. Le débat s’annonce vif alors que, selon un sondage IFOP publié début janvier, la société française a évolué sur la question : 6 français sur 10 se disent favorables à la PMA (procréation médicalement assistée) pour les homosexuelles. 64% se disent également favorables à ce que l’on autorise en France le recours à une mère porteuse ou GPA (gestation pour autrui)…

Se présentant comme non-croyant, Jacques Testart, directeur de recherche honoraire de l’Inserm et père du premier bébé éprouvette en France, a alerté il y a déjà 30 ans sur les dangers du clonage. Sa voix solitaire portait peu alors, recouverte « par les tenants du progrès dont la nouvelle religion est la science ». Le 18 mai 2017, il a prononcé le discours d’introduction d’un colloque critique « sur l’humanisme, le transhumanisme, le posthumanisme »  qui s’est tenu au couvent des Bernardins, point d’orgue d’un séminaire de deux ans. Jacques Testart alerte sur les risques de dérives « anthropocides » du transhumanisme. Le tri des embryons humains s’apparente selon lui à un eugénisme qu’il considère « déjà dans la place ». Les lignes de fractures sont là encore pointées entre l’humain et une autre espèce qui surviendrait si des modifications génétiques, jusque-là de l’ordre du hasard et intervenant sur la longue durée, sont imposées brutalement et se généralisent à de larges populations. Il adviendrait « une rupture dans l’équilibre instable de l’humain avec son environnement » prévient-il. “Ainsi, comme il ne s’agit pas de s’opposer à tout changement, l’éducation axée sur la responsabilité de tous et la mise en place de jurys de citoyens permettraient de réfléchir au devenir commun de l’humanité en tenant compte de l’homme tel qu’il est et de son environnement“.

La Cour de Cassation organise la semaine prochaine une réflexion sur les aspects juridiques et bioéthiques de cette évolution, tandis que la commission juridique du Parlement Européen en est déjà à proposer un statut de la personne numérique. Une réflexion qu’il serait sans doute souhaitable, comme le pense Jacques Testard, de mener aussi au niveau international dans le cadre de l’ONU.

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