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L'innovation inversée : une opportunité pour la santé dans le monde

 

Tribune libre de Jean-Marie Dru, président de la Fondation nationale de l’Académie de Médecine qui a organisé  le FAMx Paris du 31 mai au 1er juin 2018 à l’Unesco.

Jean-Marie Dru, président de la Fondation de l'Académie nationale de médecine
Jean-Marie Dru, président de la Fondation de l’Académie nationale de Médecine (FAM)

Il y a maintenant cinq ans, l’Académie nationale de médecine a créé une Fondation, laquelle a été reconnue d’utilité publique en 2013, et lui a donné pour mission d’agir à l’international. La Fondation s’est alors assigné un triple objectif :

  • Accélérer la diffusion des pratiques médicales de pointe.
  • Initier des collaborations durables entre la médecine française et les médecines du monde.
  • Sensibiliser les populations aux problèmes de santé publique.

C’est dans cette optique que nous avons organisé des forums de santé publique et d’innovation médicale, des forums bilatéraux en Chine, en Inde, au Mexique, au Brésil, en Russie et au Sénégal. Lors de ces forums, nous avons abordé des thèmes de santé publique tels que le vieillissement, l’obésité ou les effets néfastes de la pollution sur la santé. Autrement dit, des thèmes s’adressant à un public très large.

Au fil des années, nous avons affiné peu à peu notre stratégie. Tout en poursuivant notre triple objectif initial, nous nous sommes donné une mission se situant à un niveau plus élevé. Nous souhaitons, dans la mesure de nos moyens, œuvrer pour assurer l’accès au meilleur de la médecine au plus grand nombre, à travers le monde. Tel est notre objectif supérieur. Nous voulons faire découvrir et promouvoir des pratiques ou techniques médicales qui facilitent l’accès aux meilleurs soins de santé. Par accès, nous entendons à la fois accès sur le plan financier – moindre coût – et accès sur le plan organisationnel, l’accessibilité physique ou digitale.

Dans cet esprit, nous avons décidé d’organiser un grand Forum, non pas bilatéral, mais multilatéral, consacré à l’innovation inversée. Innovation inversée est l’expression couramment utilisée pour désigner ces innovations qui sont conçues dans et pour les nouvelles économies, et qui peuvent par la suite se propager dans les pays développés.

Pourquoi nous nous y intéressons ? Parce que tous les pays sont confrontés aux mêmes défis. L’essor des classes moyennes qui veulent avoir accès à des soins de qualité, l’explosion des dépenses de santé par tête d’habitant, l’allongement de la durée de vie des personnes âgées. Tous les gouvernements se retrouvent dans l’impasse dès lors qu’il s’agit du financement des politiques de santé publique.

Il faut donc innover. C’est pourquoi nous nous consacrons aujourd’hui aux innovations inversées, lesquelles peuvent s’avérer très intéressantes et ce, à double titre. D’une part leur faible coût, qui est le moteur initial de ce type d’innovation, peut permettre aux économies développées d’adopter des traitements à des prix plus abordables. D’autre part, innovation inversée, contrairement à ce que certains pourraient penser, ne signifie pas techniques ou pratiques au rabais et de moindre qualité. L’innovation inversée peut être source de réel progrès. Pour pallier le manque de ressources ou d’infrastructure, les scientifiques des pays émergents inventent le plus souvent par nécessité. Ils sont davantage prédisposés aux innovations de rupture. Ils ne se laissent pas enfermer dans des façons de penser ou de faire trop établies, voire rigides.

Il est certain que le Sud va influencer le Nord. Un nombre croissant d’innovations disruptives viendront des économies émergentes sur des sujets tels que la prévention, la nutrition, l’accès équitable et sécurisé aux médicaments, la télémédecine et le dépistage rapide des maladies infectieuses.

Une partie du travail à accomplir dans les prochaines années consistera donc à déterminer comment les pays développés pourront s’inspirer des innovations provenant des nouvelles économies afin d’accélérer la transformation de leurs systèmes de santé.

Transposabilité de ces innovations, telle est la question. Les trois tables rondes au programme ont justement eu pour objectif de discuter des obstacles à franchir – qu’ils soient d’ordre culturel, organisationnel ou réglementaire – si ce type d’innovations devaient être importées dans les pays développés, en particulier dans le nôtre. Et ceci à la lumière des quinze innovations inversées qui nous ont été présentées pendant ces deux jours.

J’aimerais ajouter deux points. Tout d’abord, nous avons invité douze start-up françaises (1) qui innovent dans le domaine de la santé. La plupart d’entre elles ont pour objet de faciliter dans leurs domaines respectifs l’accès au meilleur de la médecine.

Ensuite, nous avons créé un Comité des Partenaires réunissant les représentants des académies, des institutions médicales et des centres hospitalo-universitaires des pays que nous avons visités. Ce n’est pas un comité d’honneur, mais une instance opérationnelle qui travaillera à l’accroissement des échanges entre nos sept pays sur tout ce qui a trait à l’amélioration de l’accès aux soins. À travers cette instance, la Fondation se donne pour ambition de faire de la France un catalyseur d’échanges entre tous ces pays.

« Accès », le mot clé de ce Forum.

Afin que l’immense majorité des 7,5 milliards d’habitants de notre planète puissent être bien soignés, deux conditions sont à remplir. La première est que le flux des découvertes médicales et scientifiques continue à s’accélérer. Cela va sans dire. Mais il faut aussi améliorer, j’allais dire révolutionner, l’accès aux soins, afin de rendre accessible au plus grand nombre le meilleur de ce que la médecine peut offrir au meilleur coût.

(1) Bioserenity, Carians, Deeplink, Evedrug, Feetme, Invivox, Medgo, Nomadeec/Exelus, Télécom Santé, Therapanacea