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Édito

Urgences en série

 

A l’occasion du Web Summit qui s’est tenu à Lisbonne du 5 au 8 novembre 2018, le père du net, Tim Berners-Lee, fondateur de la World Wide Web Foundation, a lancé la campagne #ForTheWeb qui vise à un “Internet éthique au service de l’Humain”. La France est l’un des premiers pays signataires. Emmanuel Macron a abordé la question des « Droits d’auteurs : L’Europe et les GAFAS », lors du discours qu’il a prononcé au Forum sur l’Internet à l’Unesco le 13 novembre devant notamment Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies, discours qu’il a achevé par l’annonce de la création d’un « GIEC » sur l’IA s’appuyant sur l’OCDE pour la partie innovation et sur l’UNESCO pour la dimension éthique. « La structure est à inventer. Il y a des enjeux éthiques, scientifiques, économiques ».  A l’instar du GIEC sur le climat, ce que le président français appelle de ses vœux reposera sur la société civile, les entreprises et les ONG. « Il s’agit d’en dresser les bases qui seront reprises lors du G7 qui sera présidé en 2019 par la France » a poursuivi le président de la République.

Trois semaines après la commémoration de l’Armistice de la guerre de 1914-18, les Champs-Elysées où s’étaient rassemblés une soixantaine de chefs d’état du monde entier étaient envahis par des « gilets jaunes ». Et une frange dure de casseurs embrasait plusieurs rues, places et avenues de la capitale, provoquant des affrontements violents avec les forces de l’ordre, notamment autour de l’Arc de triomphe.

Les revendications des « gilets jaunes » ont débuté avec le refus de l’augmentation du prix du carburant, ranimant ainsi le débat sur la transition écologique. Un moratoire sur la taxe carbone (pour les véhicules les plus polluants) dont il est prévu que l’application se poursuive en 2019 suffira-t-il à faire retomber la colère de cette partie de la population issue des « classes moyennes »? Pourquoi taxer le diesel des plus pauvres et pas le kérosène des plus riches, ceux qui prennent l’avion ? Une question qui pourrait être posée lors de COP24 en Pologne cette semaine. De telles décisions ne se prennent qu’au niveau international.

« L’Intelligence artificielle produit les gilets jaunes » : telle est l’analyse que publie Laurent Alexandre dans un article d’opinion de l’Express sous-titré « Demain sera vertigineux » (dans quel journal ?). Selon lui, l’IA transforme l’organisation sociale en favorisant les élites, celles dont fait partie notamment Emmanuel Macron.  « Pour beaucoup de citoyens, la technologie va trop vite et l’IA dévalorise à toute allure les savoir-faire existants, ceux des class es moyennes justement.  A l’inverse, le besoin en ingénieurs et en managers de très haut niveau explose.  Les écarts entre les gilets jaunes et la petite élite de l’IA – très mobiles géographiquement et que l’on s’arrache sur le marché mondial des cerveaux – sont un puissant moteur populiste ». Selon ses termes, le désespoir des « petits blancs » est là pour durer dans les pays occidentaux.

Frédérique Vidal, ministre de la recherche, annonçait la semaine dernière un budget de 665 M€ sur 4 ans pour poursuivre le développement de l’IA dans les transports et la santé grâce à un super calculateur (115  M€) et la création de 50 labos de recherche. Lors de la matinée Paris Biotech Santé sur l’IA en santé, qui a fait salle comble, plusieurs orateurs ont exhorté le gouvernement à consacrer à la recherche des investissements à la hauteur des enjeux face aux géants américains ou chinois. Au moment où, comme l’a rappelé Axel Kahn dans l’allocution de clôture, l’avènement de l’ordinateur quantique va bousculer la donne, IBM annonçant déjà la réalisation d’un ordinateur quantique de 50 Qbits.