J’étais clinicien réanimateur à l’hôpital Saint Joseph à Paris, actuellement en retraite mais toujours très actif, en particulier au sein de l’association WAAAR, créée en 2011, qui regroupe 750 membres et a réalisé de nombreuses actions, et notamment du lobbying auprès des ministères. En France, à la différence d’autres pays dans le monde où la situation est catastrophique, nous pouvons encore dire que la prévention est possible. En s’appliquant tous à faire des efforts, nous pouvons maintenir le taux de résistance à son niveau actuel, voire le diminuer. Nous en sommes à 10 % de colibacilles résistants aux céphalosporines de 3ème génération, ce qui est encore modéré

Nous sommes à l’origine de ce colloque sur l’antibiorésistance avec un comité scientifique qui comportait de nombreuses personnalités scientifiques. Danielle Lando, déléguée générale de l’association Adebiotech, a été très active pour le promouvoir.

En janvier 2015, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, avait créé un groupe de travail, demandant quelques propositions des mesures originales, innovantes, réalistes, dans un délai de 6 mois. Nous avons créé 5 groupes de travail, soit une grosse structure de 120 personnes, et nous lui avons remis le rapport en septembre 2015.Je coordonnais ce groupe de travail.

Nous avons proposé 4 mesures politiques :

  • – la création d’un comité interministériel sur l’antibiorésistance avec un délégué interministériel qui assure la coordination. C’est un délégué ministériel (Santé), Christian Brun-Buisson, qui a été nommé. Il a clos le colloque. Le comité interministériel pour la santé (CIS) va se réunir pour la première fois, à l’automne 2016, sur ce thème à partir des recommandations émises. Un groupe prépare déjà les mesures à mettre en place.
  • – un plan de recherche opérationnel sur 5 ans pour coordonner la recherche entre les cinq organismes de recherche français avec une porte d’entrée unique : ce sont les alliances Aviesan et Allenvi qui vont le coordonner.
  • – la mise en place d’un statut particulier pour les antibiotiques innovants visant à développer des mesures incitatives, sur le plan financier et réglementaire, afin d’aider les firmes pharmaceutiques et notamment les start-up à développer des nouveaux antibiotiques. Laurence Séjourné était à la tête de ce groupe. Elle a aussi créé l’association européenne « Beam » pour lancer des propositions au niveau de l’Europe.
  • – Enfin, essayer de tout faire pour que l’antibiorésistance soit la grande cause nationale 2016. Le thème retenu pour 2016 a été en définitive « le citoyen au cœur de la prévention des risques ». Nous avons considéré que l’antibiorésistance était dans le sujet et nous avons déposé un dossier.

Quant aux mesures techniques à prendre, elles seront également discutées par le CIS

Pour diminuer l’antibiorésistance, il faut également éviter de recourir systématiquement aux antibiotiques à spectre large. Depuis un décret signé il y a quelques mois, chaque l’hôpital doit avoir un référent pour le suivi de la délivrance des antibiotiques. C’est un travail énorme sur le plan humain, pour suivre les patients à J+1 et J+3, pour modifier les traitements, dés-escalader pour prescrire des antibiotiques avec un spectre plus étroit. Dans la plupart des structures, les personnes s’en chargent en plus de leur travail ordinaire et non à temps plein. Dans le rapport, nous avons demandé la création d’un nombre important de postes pour que ce conseil antibiotique soit fait de façon efficace.

Jean Carlet

Tribune libre de Jean Carlet,

Président de l’association « Alliance contre le développement des bactéries résistantes »,

en anglais WAAAR (World Alliance Against Antibiotic Resistance)